La mobilité électrique aujourd’hui en France
Extraits d’un article de l’ Avere-France rédigé par Charlotte de Silguy (www.france-mobilite-electrique.org)
La mobilité électrique représente un enjeu géopolitique, environnemental, climatique, technologique, économique et sociétal. Elle se profile au cœur des évolutions de nos civilisations qui nous poussent de l’ère industrielle vers l’ère de l’information et des services. Nos modes de déplacement s’orientent vers une mobilité 2.0 où les services de mobilité remplaceront progressivement la possession d’un véhicule. Cette nouvelle mobilité émergente sera écologique, partagée, multimodale et communicante. Ce mouvement de fond, cette mutation qui est en train de s’opérer dans le domaine du transport, des personnes autant que des marchandises, est concomitant de l’arrivée irréversible des véhicules électriques et hybrides dans un terreau rendu favorable par la convergence de plusieurs enjeux et facteurs.
Le CO2 (changement climatique)
Le secteur des transports représentant le quart des émissions mondiales de CO2, la mobilité est un levier important de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’intérêt varie naturellement selon le mode de production d’électricité. Indéniable en France avec une production fortement
« décarbonée », il reste pertinent en moyenne mondiale.
Notons aussi le développement des énergies renouvelables et l’émergence de solutions dédiées à la recharge des véhicules électriques … Mais la question du CO2 ne doit pas masquer les autres enjeux des véhicules électriques, au moins aussi importants :
Indépendance énergétique vis-à-vis du pétrole
Nuancer notre dépendance vis-à-vis du pétrole dont les transports dépendent à 90%, est naturellement un enjeu stratégique et géopolitique d’envergure en lien avec des enjeux économiques avec l’inévitable montée du prix du baril.
S’y ajoutent des défis climatiques et environnementaux avec ses impacts sur la qualité des sols, des eaux, des airs, et sur la biodiversité sur toute la chaîne, de l’extraction jusqu’à la combustion. Ces impacts écologiques auront en outre des incidences économiques. Comme l’a souligné l’économiste Nicolas Stern, les bénéfices d’une action forte et précoce sont supérieurs au coût de la non action, dangereuse et coûteuse.
Qualité de l’air et qualité de vie
Les véhicules électriques n’émettent pas d’émissions polluantes en roulant : hydrocarbures, dioxyde d’azote, monoxyde de carbone et particules fines qui ont un impact significatif sur la santé.
En France, elles provoquent des allergies auprès de 30% de la population et sont à l’origine de 42 000 morts chaque année, soit 5 % des décès (estimation OMS). Plus de dix fois plus de décès que ceux provoqués par les accidents de la route. Plusieurs études épidémiologiques françaises (Afsset, CNRS, Inserm…) ou étrangères (OMS…) démontrent l’incidence de la pollution urbaine, fortement liée aux transports, sur la santé : maladies pulmonaires, respiratoires (asthmes, bronchiolites…), cardiovasculaires, hypertension, stérilité…
Les véhicules électriques permettent également de réduire les nuisances sonores de la circulation, qui ont elles aussi des effets nocifs sur la santé (système immunitaire, maladies cardiovasculaire, stress, santé mentale…)
Au-delà des dommages sur la santé, la qualité de vie en ville serait considérablement améliorée avec moins de fumées malodorantes et davantage de silence !…
Même si difficilement quantifiables, les bénéfices économiques d’une amélioration de cette qualité de l’air et de vie sont facilement imaginables : sur la sécurité sociale, sur les ravalements de façade, sur les gains de productivité générés par de meilleures conditions de vie accroissant l’efficacité professionnelle…
Vers une mobilité 2.0…
Le véhicule électrique représente beaucoup plus que la simple substitution d’un véhicule polluant par un autre qui l’est beaucoup moins. Son arrivée est une opportunité de reconcevoir notre rapport à la mobilité, et elle est concomitante d’une nouvelle ère, qu’elle stimule.
En miroir du passage de l’ère industrielle vers celle de l’information et des services, et favorisée par les crises systémiques économiques, sociétales et environnementales, la mobilité est à l’aube d’une formidable mutation étroitement associée à Internet, à la téléphonie mobile et aux réseaux sociaux. On évoque même, non sans humour, que la voiture communicante est déjà dépassée ! Certains évoquent désormais le « smartphone on wheels », le téléphone intelligent sur roues.
La mobilité de demain sera bien différente de celle d’aujourd’hui, les changements aussi forts que la mutation des chevaux en motos ou les diligences en train. Et les véhicules électriques et hybrides feront partie de ce nouveau paysage.
Nous allons passer, pour un nombre croissant d’usages, de l’ère de la possession d’un véhicule à l’ère de l’utilisation de services de mobilités multimodales, partagées, écologiques et communicantes.
La voiture ne sera plus au centre des déplacements mais un élément d’un écosystème global dans lequel figurent entre autres les fournisseurs d’énergie, les infrastructures de charge, les parkings, les assureurs et assisteurs, les collectivités locales…
Des forfaits mobilité, opérés par un agrégateur de mobilité, seront gérés aux côtés de nos forfaits de téléphonie mobile. Les téléphones remplaceront les tickets et les cartes bleues pour devenir un « pass » permettant de prendre le métro, le bus, le tramway, le vélo en libre service, la voiture électrique en autopartage, le train, et pourquoi pas l’avion…
Le coût apparent et réel des véhicules électriques
Comme toute innovation technologique en début de commercialisation, le véhicule électrique est aujourd’hui un produit relativement cher à l’achat. Ses évolutions technologiques et son industrialisation en feront baisser la valeur d’achat dans les prochaines années. Mais pour être pertinent sur la valeur des véhicules électriques, comme pour tout produit, il convient de raisonner en coût total d’utilisation en intégrant notamment les charges d’entretien et de carburant. Selon les données 2008 de l’Union Routière de France, sur les 143 milliards d’euros dépensés en transport individuel, seuls 27% étaient consacrés à l’achat, le reste concernant l’utilisation. 40% correspondent aux carburants.
Il est en outre prévisible que le prix à la pompe augmente dans les prochaines années dans une proportion supérieure à celui de l’électricité.
Le carburant électricité est de l’ordre de 1,5 à 2 € pour 100 km, soit 5 à 7 fois moins cher que l’essence.
Si l’on considère en outre qu’un véhicule est immobilisé 95% de son temps, et que la mobilité de demain fera l’objet de services et de partages pour rationaliser la circulation et les coûts de transports, le coût d’achat des véhicules électriques en sera d’autant plus amorti.
Par ailleurs, rationaliser la mobilité, c’est aussi se baser sur les usages. Certains constructeurs automobiles, observant cette réalité des trajets quotidiens, ont même décidé de commercialiser des véhicules électriques proposant une autonomie moindre pour réduire le coût des batteries et donc du véhicule.
Consommation d’électricité
Un véhicule électrique consomme moins d’électricité qu’on pourrait l’imaginer, notamment parce que son efficacité énergétique est six fois supérieure à celle d’un véhicule à essence dont le rendement réel est d’environ 15% (70 % du carburant est transformé en chaleur…). Une voiture électrique consomme environ 200 Wh/km. La moyenne des trajets quotidiens en France étant de l’ordre de 34 km, la consommation journalière en électricité d’une voiture électrique correspond environ à la consommation d’un réfrigérateur et d’un chauffe-eaux réunis.
Si l’on prend les hypothèses gouvernementales qui estiment à 2 millions le nombre de véhicules électriques à l’horizon 2020, nous arrivons aux chiffres de consommation suivants : 34 km x 200 Wh/km x 365j x 2 millions = 5 TWh par an, soit 1% de la consommation totale d’électricité française.
Pour mémoire, la consommation de nos récentes installations vidéos-télé-informatiques, représentent 12% de la consommation totale.
La consommation d’électricité liée aux véhicules électriques est donc marginale et n’implique donc pas l’installation de centrales de production supplémentaires, d’autant que la majorité des recharges se fera la nuit, moment où la demande est relativement faible et où le kWh est d’ailleurs moins cher !
NB : Notons l’importance de la programmation de la charge, afin que la consommation d’électricité des véhicules électriques ne se fasse pas en période de pointe, lorsque l’électricité est chère et productrice de CO2. D’où l’importance des « smartgrids » qui peuvent gérer “intelligemment” la recharge des véhicules électriques même si les véhicules sont branchés au même moment et aux heures de pointe.
Autonomie : une contrainte souvent plus psychologique que réelle
L’autonomie limitée des véhicules électriques est aujourd’hui considérée comme un des principaux freins à son utilisation. Il est utile de poser un regard différent pour relativiser et comprendre que, pour une part importante des usages, la question de l’autonomie des véhicules électriques n’est pas bloquante.
L’autonomie des véhicules électriques varie selon les types et les modèles de véhicules. Pour une citadine classique, elle est de l’ordre de 150 km, soit environ 4 fois moindre que son homologue thermique.
87% des trajets quotidiens en Europe font moins de 60 km. La moyenne des trajets journaliers en France est de l’ordre de 34 km. Pour un bon nombre d’usages, une autonomie de 150 km suffit donc amplement ! Il n’est même pas besoin de recharger sa voiture tous les jours…
Au sein des entreprises et des collectivités, non seulement une part importante des trajets quotidiens sont largement inférieurs à 100 km, mais en plus ils souvent prédictibles ce qui permet aisément une substitution d’une partie des véhicules de flotte par des véhicules électriques.
Notons aussi que les technologies des batteries progressant vite, l’autonomie va inévitablement augmenter dans les prochaines années. L’autonomie varie…
- En fonction de la distance : aujourd’hui un véhicule électrique n’est pas fait aujourd’hui pour les très longues distances, à moins qu’il ne soit hybride, d’autant que son autonomie diminue avec la vitesse.
- En fonction du contexte d’utilisation : froid, poids embarqué, périphériques électriques : phares, radio, climatisation, chauffage…
- En fonction de la conduite : une conduite souple et apaisée augmentera l’autonomie et sera favorable à la longévité des batteries… Risque de panne ? Ce n’est pas parce que l’autonomie est plus faible que le risque de panne est plus élevé ! Les premiers jours de l’utilisation d’une voiture électrique, les yeux sont inévitablement rivés sur la jauge de l’autonomie restante. Mais après quelques semaines de prise en main, l’angoisse disparaît. Les utilisateurs de véhicules électriques ne tombent pas plus en panne que les autres ! Les infrastructures de charge se développent et vont être là aussi pour rassurer les utilisateurs… mais l’essentiel des charges se fera au domicile pendant la nuit, ou sur le lieu de travail…
Un véhicule exclusivement urbain ?
Il est souvent fait allusion, aux usages urbains ou péri-urbains de la voiture électrique. Pourtant les habitants des zones rurales ne font pas systématiquement plus de 150 km par jour. Et il n’est pas rare aujourd’hui de faire un détour de quelques dizaines de kilomètres pour faire le plein d’essence alors que les 15 millions de pavillons individuels peuvent accueillir « à domicile » les véhicules pour les recharger (plus facilement que dans les grandes agglomérations où dominent les immeubles). Par ailleurs, les zones rurales sont en général moins bien desservies par les transports en commun.
Le plaisir de rouler électrique !
Au-delà de tous les enjeux de la mobilité électrique, il en est un autre, très puissant : l’émotion ! Rouler en électrique procure un véritable plaisir de conduire. Tous les utilisateurs réguliers ou occasionnels le manifestent, souvent non sans surprise ! Le silence, associé à la puissance du moteur, à la fluidité de l’accélération par un couple immédiat et à la simplicité d’utilisation génère une sérénité assortie d’un plaisir insoupçonné par ceux qui ne l’ont pas encore essayé !





.jpg)






Commentaires récents